Tweet analyse de la présidentielle 2012
Responsables scientifiques à Pacte : Jean-Marc Francony et Françoise Papa

Les transformations des médias et du champ journalistique en lien avec le développement de l’Internet ont fait en France comme à l’étranger l’objet de nombreuses recherches depuis une dizaine d’années. Dans le champ de la communication politique, ces travaux ont apporté un éclairage nouveau sur les processus de mise à l’agenda des contenus et des questions politiques ainsi que sur le rôle des plateformes, puis des réseaux sociaux, en tant que dispositifs qui donnent forme et structurent les médiations politiques.

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Des paroles et des Tweets
publié le 6 mars 2012 06:01 par ANNIE-CLAUDE SALOMON

Jean-Marc Francony, Françoise Papa
Pacte, Sciences Po Grenoble (Mars 2012)

Avec la primaire socialiste, Twitter s’est affirmé comme un outils de communication politique que l’ensemble des militants et des candidats ont appris à manipuler. Vecteur d’une communication politique désormais multicanale et dans le même temps agora, Twitter se fait l’écho de l’actualité et des débats politiques qu’il contribue à nourrir. Les événements médiatiques que constituent les débats télévisés ou les interviews ont une résonnance importante dans la Twittosphère. En prenant comme référence les comptes Twitter des candidats, il est possible d’analyser l’incidence du déroulement du débat auprès d’une audience extrêmement réactive, certes non représentative de l’ensemble des électeurs ou des sympathisants, mais dépassant le cadre des militants. En prenant comme exemple le débat « des paroles et des actes » du 26 janvier dernier entre François Hollande et Alain Juppé, nous présentons les méthodes d’investigation que nous avons mise au point ainsi qu’une analyse qui en découle.
1. Cadre d’expérience
Les exemples récents ne manquent pas. Qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, d’événements nationaux couverts par les grands médias ou des événements encore confidentiels, Twitter a trouvé progressivement sa place comme média d’information collant au plus près de l’actualité, sur tous les terrains, accompagnant ou contournant les dispositifs médiatiques institutionnels. Moyen de communication autant que moyen d’information, ce média récent (2006) aux caractéristiques minimalistes (140 caractères), connait un engouement en forte expansion sur le territoire national. Encore confidentiel lors des dernières présidentielles de 2007, Twitter, fait son entrée dans la campagne électorale de 2012, à l’exemple des dernières élections américaines, australienne, etc. Dès la primaire socialiste ouverte de l’automne dernier, Twitter s’est fait l’écho des discussions politiques et a accompagné de manière remarquable les quatre débats télévisés. Tous les candidats possèdent désormais leur(s) compte(s) Twitter que des professionnels de la communication politique ont intégré dans le dispositif de campagne.

Pour les chercheurs en Sciences de l’information ou en Sciences Politiques, le flux de messages horodatés que canalise Twitter apparaît comme une formidable opportunité de pouvoir saisir l’instantané d’une opinion et d’une émotion que les Tweets produits par une communauté toujours plus large[1] véhiculent.

Depuis plusieurs semaines, nous procédons à l’archivage systématique et continu des Tweets publics en provenance (from :candidat), à destination (to :candidat) ou mentionnant (@candidat) l’un des comptes des candidats déclarés de la campagne électorale (dont @fholande, @bayrou,…).

Le fait de collecter les Tweets en nous fondant sur cet identifiant unique repose sur le constat d’une pratique installée qui tend à désigner l’individu par son intitulé de compte. Ce mode de désignation semble d’ailleurs nous situer dans un espace de publication où les normes tacites sont particulièrement bien respectées ce dont nous tirons avantage dans la mise en œuvre des modèles.

En utilisant @fhollande comme filtre de publication, nous ne captons qu’une partie des publications se rapportant à François Hollande. Néanmoins, cette part est significative du volume d’activité et de la nature des contenus le concernant. En outre, cette norme permet de comparer les activités éditoriales centrées sur les différents comptes des candidats.

Cet archivage raisonné de Twitter est réalisé par un dispositif informatique que nous avons élaboré pour répondre aux exigences méthodologiques de la constitution de corpus et de l’analyse scientifique des données.

Ce dispositif exécute un programme de collection fixé dans un cadre expérimental. Ce programme global décrit les scripts individuels ainsi que les requêtes (fixes ou évolutives) supportées par des processus de collection (crawlers). Ces processus sont programmés pour interroger régulièrement le flux de Twitter et assurer les différents traitements nécessaires à la mise en archive des Tweets collectés. L’ensemble des actions significatives du programme de collection est tracé afin de vérifier la conformité du programme expérimental.

2. Flux de Tweets
À l’occasion du débat télévisé (des Paroles et des Actes) opposant François Hollande à Alain Juppé le 26 janvier dernier, nous avons isolé dans l’archive en cours de constitution l’ensemble des Tweets publiés durant la période de retransmission (de 22h05 à 22h46) et archivés suivant le programme initial.

L’enregistrement audiovisuel du débat a fait l’objet d’un dérushage afin de constituer un conducteur, en l’occurrence une description numérique des séquences permettant de segmenter (tours de paroles, etc.) et de caractériser les flux de publication de Tweets que nous étudions (cf. ci-après).

Bien que le compte Twitter d’Alain Juppé ne fasse pas l’objet d’un archivage systématique, il est intéressant de constater qu’il est possible, sur la séquence du débat, d’extraire de l’archive un flux qui lui est associé et dont les caractéristiques sont comparables à celle d’un candidat alors même que le compte du comité de soutien (@SARKOZY_2012) de Nicolas Sarkozy ne provoque qu’un flux marginal[2]. Dans les faits, 71% des Tweets adressés à @juppealain sont communs avec @fhollande, les 29% restant proviennent des crawls périphériques[3]. Bien que les volumes ne soient pas de même ampleur, il est possible de comparer les variations relatives des flux. C’est ainsi que nous pouvons produire le graphique exprimant l’évolution par minute du ratio du flux total des comptes d’Alain Juppé (@juppealain) et de François Hollande (@fhollande).

Lors de pré expérimentations que nous avons conduites dans les mêmes conditions durant les quatre débats de la primaire socialiste, nous avions constaté que les inflexions des flux associés au compte de chacun des débateurs suivaient le cours exact de leur participation au débat. L’inflexion de la courbe est convexe lors de la prise de parole et concave lorsque celle-ci est rendue (cf. Graphique 1).

Graphique 1 – Flux de tweets échangés au fil des prises de parole des débateurs

Les barres horizontales correspondent aux prises de paroles des débateurs.
Les indices numériques horizontaux représentent les minutes
et les indices verticaux les repères de séquence dans le conducteur.
Les courbes traduisent les variations relatives des flux (exprimés en pourcentage du total).

En analysant plus avant l’origine des flux, nous avons pu vérifier que leur accroissement provenait de l’augmentation du nombre d’auteurs distincts de Tweets ainsi que d’une augmentation de leur productivité moyenne. Il y a une corrélation évidente entre le fil du débat et la circulation d’information dans la Twittosphère. Les fortes variations presque parallèles des deux courbes suggèrent que l’intensité de la circulation d’information dans la Twittosphère (de 0% à 6% de l’ensemble des Tweets) est fortement liée aux différentes séquences du débat. Elles traduisent la réactivité des auditeurs à ce qui se passe dans le débat.

En partant de l’analyse du débat F. Hollande – A. Juppé, nous nous sommes alors interrogés sur l’interprétation de ces variations et en particulier sur la signification des extrema que l’on peut repérer dans les variations de flux. Sont-ils caractéristiques d’une réactivité particulière aux termes ou au cadre singulier du débat ? Que nous permettent-ils d’apprendre voire d’anticiper dans le cas d’une campagne électorale ?

Pour aller plus avant, il nous faut proposer des outils et des méthodes d’analyse des publications adaptés à la nature du corpus de documents semi-structurés que sont les Tweets et au facteur d’échelle qu’il convient de prendre en compte si l’on entend systématiser l’investigation

Dans cette perspective, l’analyse de l’évolution des volumes instantanés de Tweets (flux) n’est plus suffisante. Il est nécessaire de la compléter par un niveau d’analyse structural décrivant les différentes fonctions supportées par les Tweets dans un système de discours à plusieurs voix.

Ce niveau d’analyse nécessite de recourir à des outils linguistiques permettant d’identifier et de caractériser les éléments signifiants inscrits dans le corps du message.

3. Caractérisation des Tweets

Les désignations des comptes de candidat ayant valeur de nom propre, les Tweets que nous collectons s’inscrivent dans un espace d’énonciation particulier dans lequel les formes dialogiques nous semblent privilégiées. L’utilisation de la forme lexicale @AlainJuppe dans le corps du Tweet renvoie simultanément à l’acteur (du débat) et au sujet (du message). D’une manière plus générale, cette forme nominale « adresse » (@ se lit aussi « at ») l’individu, ce qui revient :

– à l’interpeller sur le fil de discussion que l’on promeut (le sien ou celui d’un autre que l’on retweete) ;

– à le convoquer dans l’espace du débat « originel» c’est-à-dire celui qui est accessible aux téléspectateurs.

Étant donné ce qui précède, il nous semble qu’il y a par construction de la structure lexicale des messages archivés un filtrage implicite qui nous situe dans un sous-espace de publications organisant un discours polyphonique[4].

C’est dans ce contexte et pour cette raison que la production de discours rapportés (dits ici : citations) joue un rôle très important dans l’analyse des productions:

– d’une part, parce que les normes sous-jacentes incitent à reproduire et identifier les discours rapportés. Ce point est déterminant pour nous car il nous assure la présence de marqueurs méta linguistiques identifiables dans la surface textuelle des énoncés, ce qui est indispensable pour l’automatisation des traitements et la performance des modèles d’analyse ;

– d’autre part, parce que la citation s’accompagne, comme le souligne Alain Rabatel, d’une « dimension juridique métaphorique ». Cette figure stylistique va donc être particulièrement employée par les Twittonautes impliqués dans la retransmission du débat.

Le débat en tant que méta récit est en effet un réservoir dans lequel l’audience va puiser des contenus pour ensuite procéder à des choix de communication qui se traduiront en Tweets.

Dans ce cadre, Twitter est un espace singulier d’expression et d’échanges de l’audience du débat. C’est le lieu de production de messages publics constituant des micro-récits composés de citations, de commentaires issus du débat mais également de son écho sur Twitter, voire d’apartés.

La fonction organisatrice réside dans le balisage du débat dont les termes et le séquencement sont importés dans la Twittosphère. Les différentes mesures que nous avons réalisées montrent un décalage très réduit (quelques secondes) de l’occurrence des citations par rapport au fil du débat. Outre la synchronisation, le séquencement impose un cadre dans l’espace de discussion public qui interfère avec les échanges spontanés qu’il contribue ainsi à réguler et orienter. Ce cadrage fait partie de l’instrumentalisation politique de Twitter et rend compte de la maturité des pratiques militantes.

Si nous isolons les Tweets du débat dont l’un au moins des deux protagonistes est le destinataire, nous obtenons 1135 Tweets pour lesquels nous appliquons un mécanisme de catégorisation qui permet de distinguer des Tweets porteurs de discours rapportés.

Pour cette séquence, nous identifions 24% de Tweets comme étant des citations dont 84% n’ont aucun commentaire associé. L’identification de cette catégorie de Tweets est fondée sur l’analyse lexicale du Tweet et sur la présence très systématisée de marqueurs méta linguistiques signifiant la citation (par exemple : « @fhollande : ‘’nous allons faire mieux que vous’’… »).

Disposant de cette catégorisation, nous pouvons décomposer chacun des flux associés aux protagonistes et étudier l’évolution des proportions respectives de commentaires et de citations.

Mais cette distinction ne peut être exploitée que dans la mesure où l’on prend en compte également la superposition des flots de Tweets. En effet, l’ensemble de Tweets traversant les intervalles élémentaires (minute) successifs définis comme unité de flux, est composé d’éléments nouveaux relatifs à des interventions très récentes et d’éléments assurant la reprise (Retweet) d’événements médiatiques plus anciens.

4. Analyse de flots

Nous définissons la notion de flot comme un ensemble de Tweets dont les contenus lexicaux sont très proches voire identiques. Nous distinguerons le Tweet en tête du flot des Tweets qui en constituent le corps.

Lorsqu’il s’agit de citations, le flot est principalement entretenu par des retweets c’est-à-dire des reprises sans commentaire ni altération du message originel.

Le flot exprime une relation entre les différents protagonistes qui l’ont structuré. Cette relation s’est construite soit sur le réseau de suiveur de l’émetteur originel du tweet de tête soit au sein du groupe d’abonnés de Twitter suivant les débats au travers de filtres (mots-clés, hashtags, identifiants).

Le lien entre l’individu qui prend part à un flot et le message qu’il véhicule peut être modalisé par des commentaires ajoutés : un commentaire peut renforcer ou inverser le sens du discours rapporté. La faible proportion de citations commentées laisse penser que, dans les circonstances particulières du débat politique, les flots traduisent une empathie positive orientée principalement vers l’auteur des propos.

Nous faisons l’hypothèse que la relation de suiveur est neutre dans ce cas même si elle contribue à la définition de l’influence au sein du réseau. D’une manière plus générale, il nous semble que cette neutralité est d’autant plus concevable que la chaîne est longue.

Pour mettre en œuvre cette notion, la proximité est déterminée par une mesure de distance de Jacquard qui nous permet de considérer comme similaires les corps d’un Tweet et de l’une de ses reprises. En adoptant un seuil de proximité faible, nous écartons du flot les reprises commentées. Le développement d’outils linguistiques plus fin devrait permettre de mieux intégrer les éléments commentés par la suite.

La distinction citation/commentaire

Nous retenons pour l’analyse les définitions suivantes :

– Citation : reprise d’un propos. Elle adopte le « point de vue » de celui dont on reprend le message. Elle suppose une sélection intentionnelle de contenu permettant la focalisation sur un élément du débat. La sélection est a priori neutre (le point de vue du rédacteur du message, positif ou négatif, n’est pas explicité) ;

– Commentaire : propos tenu par l’émetteur du message relatif à un élément du débat. Caractérise le point de vue de celui qui émet le Tweet. Associé à une citation, il permet la mise en perspective d’un élément du débat. Il a généralement une valence positive ou négative ;

– Aparté : discussion connexe au débat mais qui porte sur le cadre dans lequel s’inscrit la communication.

– Bruit : élément n’entrant pas dans les catégories précédentes.

La citation, par hypothèse, répond à une double fonction de mobilisation et d’organisation (filtrage, cadrage, etc.) dans l’espace d’audience qu’est la Twittosphère durant cette séquence.

La fonction mobilisatrice s’adresse aux sympathisants qui sont inscrits dans les réseaux de relations tacites (suiveur) comme aux réseaux de connaissances explicites lorsque les messages sont expressément destinés à des individus. Il s’agit de partager l’expérience de l’instant et de l’événement vécu isolément. La citation a une fonction phatique au sein des réseaux précédents. Elle interpelle les individus et synchronise les espaces disjoints du débat et de la Twittosphère. Elle stimule la réactivité des réseaux auxquels elle s’adresse tout en nourrissant la rhétorique militante (partisane) en surlignant les termes du débat. Le vécu ensemble qui en découle renforce et affirme l’identité communautaire de l’audience.

Le commentaire institue une distance entre un discours originel et celui élaboré par l’émetteur du tweet : il s’agit ici de transmettre une opinion sur le message. Le commentaire est en effet porteur d’un point de vue, qui peut être positif, négatif ou, plus rarement, neutre (fonction de cadrage ou de surlignage du propos du débatteur quand le commentaire est associé à une citation).

Nous traiterons ici des flots de tweets comportant soit des citations, soit des commentaires.

Le corpus : citations

Pour le débat, nous isolons de cette manière 44 flots « citation » (longueur >1) à destination de l’un ou l’autre des protagonistes, dont 54,55% des flots identifiés ne sont constitués que d’une seule reprise. À titre de comparaison, on trouve 145 flots « commentaires » dont 65,52% n’ont qu’une seule reprise.

Nous avons, pour les besoins de la démonstration, sélectionné les flots les plus importants, c’est-à-dire ayant fait l’objet de plus d’une reprise, au sein de l’ensemble composé de 44 flots « citations ». Le tableau ci-dessous reprend les énoncés ayant fait l’objet de citations.

Tableau 1 – Énoncés de F. Hollande ou A. Juppé cités dans les flots de Tweets

Flot

locuteur

Contenu de la citation

S2

FH

je me désiste toujours pour le candidat de gauche le mieux placé

S3

FH

ceux qui soutiendront ma candidature au second tour de l’élection présidentielle ont vocation à gouverner avec moi

S5

FH

je ne me positionne pas contre le président sortant, je suis là pour préparer l’avenir

S11

FH

je suis dans une perspective pas dans une rétrospective

S14

FH

en 10 ans, il y a eu un doublement de la dette publique

S16

FH

il y a eu des événements extérieurs, mais il y a aussi eu des choix

S18

FH

les Français ont vu qu’il y avait eu des choix injustes, inefficaces et incohérents qui ont dégradé la France

S29

FH

ne m’interrompez pas ça sera beaucoup mieux pour la clarté que vous appelez de vos voeux

S31

FH

la moindre chose c’est de m’écouter si vous voulez la clarté

S42

FH

monsieur Juppé… C’est trop tard

S56

FH

si vous êtes satisfait de ce qui s’est passé depuis dix ans, vous ne pouvez que désirer de continuer

S61

FH

vous avez vous même augmenté la TVA de 2 points, ce ne fut pas une bonne expérience

S62

FH

ce que je propose en matière de compétitivité : aider les entreprises face à la concurrence, que leur fiscalité soit allégée

S64

AJ

on verra ce que vous ferez !

S70

AJ

en politique: la 1ère chose c’est avoir du courage, pas de faire plaisir!

S75

FH

vous avez des rechutes possibles

S76

FH

vous parlez d’arrogance, je pense que chacun a à faire son examen de conscience

S79

FH

nous allons faire mieux que vous, tout simplement

S81

FH

ne soyez pas caricatural, vous pouvez y parvenir

Le graphique suivant met en évidence l’impact différencié des propos des débatteurs sur l’activité de communication dans l’espace de Twitter : on note que, si les propos de F. Hollande sont plus fréquemment l’objet de tweets que ceux de son adversaire, l’impact de ses propos ne se traduit pas par une activité homogène des twittonautes. En effet, l’intensité de leurs réactions est variable, à la fois en volume et en durée. Le flot S11, déclenché à la 5e minute du débat est un exemple de flot particulièrement intense sur les 11 minutes de sa durée. 2 minutes après la reprise dans Twitter de la phrase de F. Hollande, ce flot connait un pic d’intensité. Celle-ci décroit ensuite avec une légère reprise à la 13e minute pour terminer avec une valeur moyenne encore élevée. Le flot S18 en revanche dure 30 minutes avec une intensité amortie très rapidement.

Graphique 2 – Représentation des variations du flux moyen instantané des flots au cours du débat

L’axe horizontal correspond au minutage du débat. Les cases contiennent les valeurs moyennes instantanées du flux de Tweets associé au flot (indice de ligne). Les valeurs ne sont reportées que dans l’intervalle de la durée du flot ; la coloration soulignant l’intensité.

Le calcul de la valeur moyenne instantanée constitue un indicateur d’activité potentiel du flot. Un flot très refroidi (dont la valeur moyenne est faible) devient un flux marginal de traîne : il s’entretient de « rebonds » tardifs dus à la diffusion du Tweet relayé au sein du réseau de suiveurs dans des cercles éloignés des principaux leaders d’opinion. En revanche, les flots dont la valeur moyenne instantanée est élevée peuvent ne pas avoir atteint leur apogée, s’ils n’ont encore pas rencontré les leaders ou les communautés favorables à leur propagation.

Les valeurs inscrites dans la représentation des flots de citations du débat (schéma précédent) attestent de conditions de diffusion des Tweets que nous caractériserons comme normales. En effet, l’apogée de chacun des flots se situe au voisinage de sa tête (le résultat est identique avec les flots de commentaires), et l’intensité s’amortit progressivement dans la durée.

La dynamique du flot de citation donne une représentation de la percolation c’est-à-dire de la capacité des propos des candidats à se diffuser dans l’espace sympathisant / militant. Pour percoler et traverser le filtre de l’audience, il est nécessaire que le message y rencontre un écho positif dépassant le simple intérêt pour soi. La décision de retransmettre un message dépend de l’appréciation de chaque individu jouant à sa mesure, le rôle de leader d’opinion auprès de ses suiveurs. Le flot exprime le résultat collectif, c’est-à-dire l’agrégation de ces décisions individuelles. L’importance des reprises traduit la densité des liens qui organisent le réseau et la sensibilité de l’audience affectée par les tweets. Sous certaines conditions de réception, la diffusion peut s’amplifier et donner lieu à des effets de paroxysmiques de type « buzz ». Ce qui n’est en l’occurrence pas le cas.

La représentation du flot traduit cette percolation de deux manières : par les valeurs instantanées du flux qui indiquent le nombre de rediffusions déclenchées auprès des suiveurs impactés et par sa longueur qui rend compte d’un retard imputable d’avantage au mode de diffusion point à point plutôt qu’à un manque de réactivité des Twittonautes (dans les faits très réactifs).

Le corpus : commentaires

Dans le même temps, on peut s’intéresser aux flots de commentaires distincts des citations. Ces flots sont identifiés à partir de la mention de Retweet (RT) dans le corps du message (sans citation). L’intensité moyenne, calculée selon la méthode précédente des flots de ce type, est généralement plus faible que dans le cas de citations, sauf pour certains flots qui de ce fait se distinguent nettement des autres :

– « BREAKING @fhollande votera @melenchon2012 au 2nd tour. Amis PS, vous pouvez donc voter utile dès le 1er tour comme votre candidat 🙂 »

– « Donc plutôt que de supprimer 10% d’une gd. adm., il va supprimer 50% d’une petite adm. Dis laquelle @fhollande ! L’hopital ? Assume ! »

– « Juppé reconnais que @fhollande est installé! faute politique »

– « Dis donc @fhollande on te sent tendu, mais attention, pas d’agressivité. N’oublie pas que des juppéistes vont in fine voter pour toi. Bisous »

Pour vérifier nos hypothèses concernant la spécificité du discours rapporté et ce dont il témoigne, nous isolons dans l’archive du débat deux sous-ensembles constitués respectivement de Tweets appartenant à des flots de citations ou des flots de commentaires. Pour chacun de ces ensembles, nous reconstruisons automatiquement le graphe des relations entre les comptes des Twittonautes impliqués dans les Tweets. Chaque auteur de Tweet est ainsi mis en relation avec les individus qui sont mentionnés explicitement dans ce message en tant que destinataire, auteur d’une reprise (retweet) ou enfin individu cité dans le corps du texte.

L’utilisation du logiciel Gephi (http://gephi.org/), nous permet de réaliser des représentations de ces deux graphes (graphique 3). Nous avons précédemment explicité la distinction commentaire / citation: ces deux graphes mettent en évidence la composition différenciée des réseaux mobilisés selon la nature des activités communicationnelles.

Graphique 3 – Deux types de réseau (ou de flots) : diffusion des citations et diffusion des commentaires

Graphe1

Réseau mobilisé dans la diffusion de citations

Graphe2

Réseau mobilisé dans la diffusion des commentaires

La taille des comptes est proportionnelle au nombre de relations établies dans le réseau décrit. La couleur Rouge correspond à des comptes développant une activité importante et variée dans le réseau. La couleur Bleue correspond à des comptes exclusivement « auteur ». La couleur Violette est associée à des auteurs «repris ». Enfin, la couleur verte (peu marquée) représente des comptes « mentionnés » dans le corps de Tweets.

Ils montrent qu’effectivement, des acteurs institutionnels du parti socialiste sont très impliqués dans la diffusion de citations et le sont moins dans les commentaires. Symétriquement, les acteurs institutionnels de l’UMP le sont davantage dans les commentaires que dans les citations. On remarque également la position médiane qu’assure le compte mélenchon2012 dans ce débat dont il est spectateur. De manière générale, l’activité de commentaire mobilise des acteurs plus divers. La comparaison des deux graphiques semble également conforter la position de François Hollande qui bénéficie de meilleurs relais sur Twitter que son adversaire du jour, Alain Juppé.

On peut faire l’hypothèse, qui doit être démontrée, que l’espace des citations est a priori celui du premier cercle formé des militants, alors que l’espace des commentaires, plus large, s’ouvre à d’autres catégories d’acteurs.

Cette analyse des flots montre nettement que la citation est une pratique qui indique une certaine proximité avec le locuteur, elle lui apporte un soutien dans la compétition électorale en relayant ses propos. À l’inverse, le commentaire marque une distance critique.

5. Conclusion

L’étude de ce débat dans une configuration différente de celle connue lors de la primaire socialiste confirme l’existence de constantes dans les pratiques des Twittonautes. Suivant plusieurs niveaux d’analyse, nous avons montré l’importance des fonctions de cadrage et de filtrage sur les réseaux attestées par les flots de reprises d’éléments de discours et les flots séparés de commentaires. Le modèle de diffusion des messages sans aberration majeure nous paraît traduire l’existence de groupes relativement homogènes dans leur composition et dans leurs pratiques. On voit apparaître des acteurs qui ne sont pas strictement liés à la sphère d’appartenance politique des débateurs. Cette composition nous permet d’espérer pouvoir analyser au-delà des espaces partisans la présence et l’intérêt porté par d’autres acteurs issus de la société civile, des médias ou d’autres sensibilités au débat politique.

L’identification des flots permet d’aller vers une compréhension des phénomènes de propagation au sein d’un réseau dont on peut apprécier la cohésion. C’est aussi un moyen de le caractériser en se fondant sur la catégorisation commentaire vs. citation. La citation est une pratique qui indique une certaine proximité avec le locuteur alors que le commentaire marque une distance, ce que met en évidence la comparaison des deux espaces précédents. On retrouve là les questionnements de S. Hall, relatifs aux problématiques de la réception des messages. On peut faire l’hypothèse que la citation est du ressort d’un mode de réception dominant alors que le commentaire s’apparente à un mode oppositionnel et/ou négocié.

La prochaine étape consiste alors à analyser les contenus inscrits dans les flots d’intensité significative. Suivant la catégorisation précédente, l’analyse des contenus permet d’identifier les sujets du débat ainsi que les polarités autour desquels s’organise l’activité de communication. Ces éléments d’analyse devraient apporter un éclairage sur les stratégies militantes et les sensibilités partisanes.

Bibliographie

Rabatel A. : 2010. « Analyse pragma-énonciative des citations du site d’Arrêt sur images ». Argumentation et Analyse du Discours 4|2010. http://aad.revues.org/806.

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Shamma, D.A., Kennedy, L., Churchill E.F. : 2009. « Tweet the Debates Understanding Community Annotation of Uncollected Sources ». In Proceedings of the first SIGMM workshop on Social media (WSM ’09). ACM, New York, NY, USA, 3-10. DOI=10.1145/1631144.1631148.

Kempe, D., Kleinberg, J. M., and Tardos, É. : 2003. « Maximizing the spread of influence through a social network ». In Proceedings of the 9th ACM SIGKDD Conference on Knowledge Discovery and Data Mining, pages 137–146.

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La campagne du second tour a été dominée par la spirale de la négativité. F. Hollande et N. Sarkozy ont consacré une proportion croissante de leur communication à critiquer l’autre, plutôt qu’à mettre en valeur leur candidature et leurs projets. Comme au premier tour, N. Sarkozy, et surtout l’UMP, ont été nettement plus critiques. F. Hollande et le PS ont donné une place plus importante à la campagne électorale et à la mobilisation des électeurs…

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Les thèmes importants dans le choix électoral au second tour de la présidentielle 2012
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Classes, religions et cohortes : les logiques sociologiques du vote de gauche (1988-2012)
Au lendemain de la victoire de François Hollande, plusieurs interrogations se font jour notamment celle de l’adéquation entre la France des urnes et la France sociologique. Ainsi certains considèrent que la victoire de la gauche s’est faite à rebours des évolutions de long terme qui, elles, seraient favorables au camp perdant. « France de droite vote à gauche » a ainsi déclaré JM Lech le 7 mai sur France Inter. Mais de quelles logiques sociologiques parle-t-on ?

Est-ce la fin du survote ouvrier pour la gauche ? C’est ce que pensait Terra Nova qui enjoignait aux socialistes de partir à la recherche d’une nouvelle coalition sociale. Le vieillissement de la population aurait-il un impact? Il a été régulièrement rappelé que Nicolas Sarkozy faisait ses meilleurs scores chez les seniors. Mais devient-on vraiment de droite avec l’âge ou la retraite ?

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Radioscopie 10ème épisode : La dernière ligne droite
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F. Bayrou et F. Hollande ont choisi de couvrir un plus grand nombre de thèmes que N. Sarkozy et M. Le Pen. M. Le Pen a axé sa campagne sur la France, les Français, le peuple, la nation et contre l’Europe. N. Sarkozy a adopté ces mêmes thèmes durant les deux derniers mois (après son discours de Villepinte). En dehors de ce choix premier, la campagne a été dominée par les thèmes économiques et financiers, l’éducation et l’immigration. A part l’Europe, la politique étrangère a été absente de cette campagne.

D. Monière et D. Labbé

L’électorat M. Le Pen 2012 : un air de famille
Le score de Marine Le Pen, nettement supérieur à celui que lui prédisaient les derniers sondages, a créé la surprise au soir du 22 avril. Avec plus de 6,4 millions de voix elle frôle les 18% des suffrages exprimés, donnant au FN son meilleur résultat électoral depuis sa création. On peut y voir l’effet de la stratégie de « dédiabolisation » amorcée au Congrès de Tours (Janvier 2011) qui l’élit présidente. Elle vise à convaincre sur d’autres thématiques que celles de l’immigration et de l’insécurité, et à diversifier ses soutiens, du côté des électeurs de gauche, des femmes jusqu’ici moins portées que les hommes à voter pour son parti, des jeunes, d’un salariat moyen et supérieur peu enclin à donner ses voix au FN. Une enquête réalisée le jour même du scrutin amène à nuancer ce constat. L’électorat de la fille ne se distingue guère de celui du père, tant par son positionnement politique et idéologique que par son profil socioculturel.

Nonna Mayer

Vote au 1er tour et perceptions des candidats
Au terme d’une campagne électorale, où les images des candidats ont évolué sensiblement, comment les électeurs percevaient-ils les différents candidats le jour du vote ? Comment ces perceptions s’articulent-elles avec les comportements électoraux ? Quelles informations celles-ci nous apportent-elles sur le duel du second tour ? L’enquête TNS Sofres – TriÉlec Jour du Vote T1 – avril 2012 a répliqué, le jour même du vote, le dispositif, utilisé à 4 reprises depuis fin octobre 2011, pour étudier l’évaluation de quatre traits d’image pour cinq candidats (J. L. Mélenchon, E. Joly, F. Hollande, F. Bayrou, N. Sarkozy, M. Le Pen) : les craintes, l’empathie et la proximité vis-à-vis des citoyens, la capacité à exercer la fonction présidentielle ainsi que le volontarisme politique associés aux différents candidats.

Sylvain Brouard
Religion et irréligion. Quels effets sur l’orientation politique et le système de valeurs ?
On sait que traditionnellement les catholiques votent beaucoup plus à droite que les personnes sans religion. On sait aussi que chez les individus qui se déclarent catholiques, l’orientation des votes change très nettement selon qu’ils sont intégrés ou pas à l’univers de valeurs catholiques. Cette intégration se mesure assez bien par l’intensité de l’assistance à la messe, comme les nombreux travaux de Guy Michelat et Michel Simon l’ont bien montré (par exemple Michelat, Simon, 1985 et Michelat, 2000). On sait aussi qu’alors que la sécularisation a beaucoup progressé, se manifestant notamment par une forte baisse du taux de catholiques et surtout de catholiques pratiquants, la relation est restée forte entre intégration à la religion catholique et vote à droite d’une part, irréligion et vote à gauche d’autre part. Parmi les variables explicatives des comportements électoraux, elle reste la plus prédictive, même si les études les plus récentes tendent à montrer un lent effritement ces dernières années. Que montrent les données du baromètre TriÉlec réalisé à plusieurs reprises pendant la campagne présidentielle de 2012 ? Elles ne mesurent pas les intentions de vote mais, plus globalement, l’orientation politique des individus et leur système de valeurs. Le degré d’intégration à un univers religieux ou irréligieux modifie-t-il toujours les attitudes politiques, économiques et sociales?

Pierre Bréchon
Des votes et des valeurs : les enseignements du 1er tour
Dans un contexte électoral fortement marqué par les presque 18% de M. Le Pen, la question des valeurs s’est vite imposée dans les débats d’après 1er tour, tant pour en appeler au rassemblement de la part des deux finalistes que pour caractériser les différents électorats. Ainsi N. Sarkozy, prenant l’initiative, veut fêter le Premier Mai « le vrai travail » et tente de replacer le droit de vote des étrangers au centre des débats. Mais au-delà de ces débats classiques « d’après-match », il est important de comprendre les logiques des choix électoraux en terme de valeurs mais aussi les dimensions qui structurent ceux-ci et à partir desquelles les électeurs se prononcent et se distinguent.

Pour certains analystes il existe une « vieille politique » en déclin : celle où gauche et droite se distinguaient essentiellement sur des valeurs socioéconomiques. Pour d’autres, la politique française serait désormais une « politique des deux axes » dans laquelle les grands partis auraient évolué pour désormais proposer un choix de valeurs à la fois socioéconomiques et culturelles. Les valeurs culturelles seraient alors devenues de plus en plus prégnantes, pesant sur l’ensemble des votes. Il s’agit donc ici de faire le point sur les logiques en valeurs des votes du 22 avril 2012.

Vincent Tiberj
Les pratiques médiatiques des Français pendant la campagne présidentielle 2012
À la veille du premier tour de l’élection présidentielle 2012, il est intéressant d’étudier comment les Français se sont informés sur la politique pendant la campagne électorale ? Y a-t-il des différences entre les pratiques médiatiques des Français pendant la campagne présidentielle 2012 et celle de 2007 ? Décèle-t-on des évolutions majeures sur les cinq dernières années dans les pratiques médiatiques des Français ? Ce sont à ces questions que la dernière note pré-électorale du projet TriÉlec s’attache à répondre. L’enquête TNS Sofres – TriÉlec incluait en effet, depuis fin octobre 2011, plusieurs questions sur les pratiques médiatiques.
Sylvain Brouard

Résultats du sondage du jour du vote TNS Sofres et estimation de 19h30

Radioscopie 9ème épisode – La course de fond des candidats à l’EP
Les principaux candidats et leurs équipes ont privilégié la simplicité. A l’exception de M. Le Pen, ils ont adopté, dans leur discours et leurs entretiens, un vocabulaire peu diversifié et assez général, réservant le vocabulaire spécialisé aux communiqués. Tous se sont tenus aux thèmes qu’ils s’étaient fixés au départ, sans y apporter de grandes modifications en cours de campagne. F. Hollande est le seul à présenter des fluctuations stylistiques importantes, comme s’il avait eu du mal à trouver son style de communication ou comme si ses rédacteurs avaient changé à plusieurs reprises. Les autres font preuve d’une stabilité remarquable qui suggère que leur communication a été confiée à un très petit nombre de collaborateurs sous une direction unique.
D. Monière et D. Labbé
Les Français et la fiscalité
La question de la fiscalité occupe depuis le début de la campagne électorale présidentielle une place centrale. Dès les primaires socialistes, François Hollande annonça une grande réforme fiscale. Avant même l’annonce de sa candidature, Nicolas Sarkozy lança une réforme du financement de la protection sociale en transférant sur la TVA la part famille des cotisations patronales. Depuis lors, les différents candidats ont présenté différentes propositions sur la fiscalité en particulier en lien avec la relance de la croissance, la question des inégalités, la maîtrise des dépenses publiques et le désendettement. L’enquête TNS Sofres – TriÉlec de février 2012 incluait plusieurs questions sur cette thématique fiscale.

S. Brouard et V. Le Hay

Les souhaits de victoire… au prisme du niveau de revenu et de la dotation patrimoniale
La possession d’un patrimoine, aussi bien par son accumulation que par le type de biens détenus a joué un rôle non négligeable dans l’élection de N. Sarkozy à la Présidentielle de 2007. Détenir un nombre important d’actifs distincts, tout comme le fait de posséder un patrimoine à risque augmentaient les chances d’avoir voté en 2007 pour l’actuel Président sortant. Ce constat d’un effet propre de la dotation patrimoniale sur les préférences électorales et plus largement sur les attitudes politiques n’est pas nouveau, et avait déjà été mis en évidence dès les élections législatives de 1978, et redémontré pour 1978, 1988 et 2002. En cela donc, la détention de patrimoine est considérée comme une variable lourde du vote, et, à la différence de la classe sociale par exemple, son influence semble ne pas avoir décru dans les années 2000.

Qu’en sera-t-il en 2012 ?…

Viviane Le Hay

twitter

Analyse du réseau Twitter autour des candidats à l’élection présidentielle de 2012

Les récentes transformations des moyens de communication sur les réseaux sociaux ont complètement changé les différentes chaines de promotion des candidats, et de l’audience des élections.

Nous notons que de plus en plus de candidats aux élections sont maintenant sur twitter et se doivent de présenter des interactions répondant aux faits d’actualités quotidiens. En-effet, les électeurs attendent désormais des positions fermes par les candidats sur les fait sociétaux et cela les aide aussi dans leur choix de dernière minute regardant leur vote.

Une analyse plus poussée des interactions

tweet

Nous voyons sur ce schéma, que durant le débat présidentiel, le nombre des interactions sur twitter correspond aux moments forts du débat.

En analysant surtout le début des flux, nous avons pu vérifier que leur intensit éprovenait de l’augmentation du numéro d’auteurs de Tweets ainsi que d’une inflation de leur productivité Il y a une aide évidente dans lequel le fil du litige et la circulation d’récente à cause la Twittosphère. Les fortes variations présentent, montrent le fort engouement des personnes pour ce qui se passe lors du débat et que chaque phrase prononcée donne lieu à des réactions immédiates de la Twittosphère.

Il parait donc évident que dans cette perspective, l’analyse de l’évolution des volumes instantanés de Tweets (flux) n’est plus suffisante. Il est nécessaire de la compléter par un niveau d’analyse structural décrivant les différentes fonctions supportées par les Tweets dans un système de discours à plusieurs voix. Ce niveau d’analyse nécessite de recourir à des outils linguistiques permettant d’identifier et de caractériser les éléments signifiants inscrits dans le corps du message

Les différents types de tweet:

Nous notons qu’il existe différents types de tweet tout au long de ce débat:

-Les tweets s’adressant directement à l’un des candidats, que l’on retrouve avec un @, comme par-exemple @alain_juppé

– Les tweets de commentaires. Ceux la ne se referent pas directement à un candidat, mais plutôt à l’audience de twitter directement est est sujette aux commentaires des autres Twittos.

– Les tweets citant les phrases prononcées durant l’échange.

Conclusion:

Nous nous trouvons ainsi, lors de cette élections, en face d’un changement d’attitude de la part de l’audience, qui devient « actrice » de la vie politique. Ce changement sociétal est à prendre en compte dans les prochaines paroles de candidats.